Qui donc se plaint de la mévente du disque ?

Publié le par plumedecib


Cet article m'est inspiré par un article d'alicia "les ventes de disques chutent un peut moins que l'an dernier."

Les médias, à défaut d'investiguer sont devenus des genres de torchons à scandales. Peu importe le fonds, pourvu que la forme soit choquante, accrocheuse. Ils en font des tonnes quand ils croient tenir un filon qui les mettra en tête du hit parade des ventes. Ils ne cherchent pas midi à quatorze heures, ils font vraiment de la publicité spectacle.

Les producteurs savent très bien que ce n'est pas le "piratage" qui a fait baisser le "marché" du disque. Cette baisse est enregistrée depuis longtemps, du temps où internet n'existait même pas. J'ai longtemps travaillé dans le milieu de la musique et je peux donc exprimer mon ressenti.

 Il fut un temps où la musique était un art.... Les artistes travaillaient dur, puisaient au fonds d'eux les ressources pour créer, transmettre leur art, le faire partager. Il y avait peu d'élus mais c'était le public qui faisait son choix.  Et les artistes n'avaient pas dans l'idée de devenir milliardaires. Ils étaient libres dans leur tête, choisissaient leur chemin, leurs contraintes.

Avec la multiplication des moyens de communication, il devint de plus en plus facile d'écouter de la musique, puis de la voir à la télé. Les salles des concerts étaient encore nombreuses, le budget pour la culture conséquent et nous n'étions pas encore tous dans le formol.  La musique pouvait donc devenir.... un marché !

Puis la musique devint un marché, et de plus lucratif !

Il fut un temps où il y avait plein de petites maisons de disques montées par des gens passionnés. Les directeurs artistiques cherchaient des "talents" comme s'ils cherchaient des trésors. Quand ils tombaient sur une perle, ils étaient fiers comme Artaban.

Il y eut la Radio FM créée pour donner aux artistes la possibilité de se faire connaître. C'était merveilleux. Chacun avait sa chance. La radio FM était dans le quartier, parfois tenue par des copains. On avait des ondes nous aussi,  comme RTL ou Europe 1. Même si elles n'allaient pas bien loin, on étaient heureux de s'entendre dans la radio, on ne courait pas après l'audimat. Les apprentis artistes apportaient des bandes, les animateurs qui n'avaient pas encore la grosse tête les faisaient écouter aux auditeurs qui choisissaient. 

Des petits malins décidèrent alors de se faire un max d'argent sur le dos des artistes, voulurent taper haut et fort. Il leur fallait des moyens, pourquoi pas la publicité ?
Petit à petit les artistes eurent de moins en moins le loisir d'exprimer leur talent mais durent entrer dans des concepts, coller à des "critères " qui parait-il faisaient bander la fameuse ménagère de moins de cinquante ans ! et surtout sortir le porte-monnaie.

Les requins créèrent les majors qui mangèrent les petites maisons de disque et imposèrent peu à peu leur loi. Loi en matière de distribution surtout. Elles se rendirent incontournables.  La musique devint un produit à consommer... vite. Elles ont inventé la musique périssable, comme à l'époque, tout devait être kleenex ! Mais comme on le sait les gros ont de gros appétits... Les artistes ne voulurent pas (tous)  se laisser manger façon Royco minute soupe ! Alors, les majors les mirent de côté, et sans ménagement. Ce fut la période de "l'assainissement du catalogue". Il fallait faire du disque, surfer sur la mode, porter des étiquettes... Une véritable usine. Elles inventèrent des artistes sur mesure et créèrent des émissions à la télé sur le mode de l'ancien télécrochet. Les télévisions qui vivaient déjà en grande union avec les majors, virent un bon moyen de faire entrer un maximum de pognon. Elles supprimèrent les émissions de variété pour ouvrir en grand leur grille à la vente du hard discount musical. On n'invite plus les artistes reconnus, on fait chanter leur chanson par des mômes à qui on promet la célébrité, faut d'avoir du talent. Promesse tenue. les mômes sont hélés dans la rue, il leur faut un service d'ordre pour se protéger d'une meute de 10-12 ans, formés à écouter de la merde. Et donc la célébrité remplaça le talent. Etre connu remplaça être reconnu. L'étau se referme sur l'art. Les médias sont désormais unis pour le meilleur et surtout pour le pire aux majors. Toutes les portes se ferment sur les artistes qui n'empruntent pas le chemin dicté par elles.

Aujourd'hui, les vrais artistes n'ont plus guère de moyens de se faire connaître. La radio FM a bien vite été rachetée par les grosses radios en cheville avec les majors. Elles prolongent sans rougir mais mieux elles promeuvent  la musique hard discount. Elles ne sont plus engagées que dans la vente au prix fort de plages publicitaires. Animateurs télé et radios perçoivent des salaires considérables (un Alliagas à 80 000 euros pas mois, un castaldi à 105 000 euros par mois !!!) Quand on sait combien de festivals ne peuvent plus avoir lieu parce qu'il leur manque 5 000 euros !!!

Et tout ce bizeness ma foi, faudrait pas qu'il leur manque, faudrait pas qu'on leur pique ! Majors et Cie n'ont pas envie de connaître la disette hein ! Et ça fuit par le Net, putain ! Y a du pognon qui leur échappe !

Aujourd'hui les gens ne jugent pas nécessaires d'acheter très cher de la musique hard discount. Lassés d'avoir ingurgités autant de merdes, ils ne plongent plus au hasard dans les bacs pour acheter n'importe quoi.

Le problème, c'est que, comme toute grosse boîte industrielle, la major a besoin de vendre pour ne pas se casser la gueule, les radios FM ont besoin de vendre des plages de pub. Alors, après avoir fait main basse sur la  FM, puis sur la télé, Les majors inquiètes pour leur chiffre d'affaires, partent en croisade pour anéantir le seul média encore libre, après le bistrot, le NET ! Le seul média accessible à tous ! Ces majors sont de multinationales suffisamment puissantes pour faire pression sur le gouvernement et lui faire éditer une loi pour les protéger. Mais avant, elles vont vous rouler dans la farine, vous faire pleurer les yeux. Les majors n'ont jamais eu la volonté de protéger l'artiste. Je peux vous l'assurer. L'artiste est un produit jetable, il obéit ou il crève. Elles sont suffisamment puissantes pour lui fermer TOUTES les portes.

Des artistes utilisent le Net pour se faire connaître, ne passent plus par l'obligé chemin que les majors avaient tracé. CELA NE SE PEUT PAS ! 

Tout ce que je souhaite aux artistes, c'est que les enchaînés à ces putains de majors brisent leurs chaînes, que les artistes libres le restent, qu'ils se fassent connaître via le NET, se produisent et se distribuent, créent des boîtes de prod, s'associent, se serrent les coudes. Il y en a déjà beaucoup qui le font. Nous n'avons pas à payer un CD 20 euros pour engraisser des actionnaires !!! L'artiste n'a rien à perdre, au contraire. Nous verrons peut être et enfin l'art à nouveau triompher.
La musique est singulièrement multiples. Elle ne peut pas entrer dans des critères définis par rapport à un panel de population. Elle ne peut pas être assénée mais librement choisie. L'artiste n'est pas un business man avide de pouvoir et d'argent ou bien je doute qu'il soit vraiment un artiste. Que la musique puisse permettre à quantité d'artistes de vivre dignement, libère les autres de chaînes indignes, c'est tout le mal que peut  apporter INTERNET !

J'aimerais pour le coup avoir un audimat monstrueux, faire péter les scores. J'ai eu beaucoup à me battre pour imposer des artistes talentueux et je garde toujours mon esprit combatif, ma grande affection pour l'artiste. Brider le Net, ce n'est pas pour les artistes, soyez-en sûrs, c'est pour que les majors perdurent, continuent à massacrer des talents et règnent en despotes, fassent du business sur le monde artistique qui lui est toujours à la fois fragile et fort.


Et que les  municipalités, les conseils généraux, le ministère de la culture se montrent un peu plus ouverts. Qu'ils ne se laissent pas bêtement bercés par les chants mélodieux des majors, qu'ils osent à nouveau ouvrir des salles de concerts, autorisent et soutiennent des festivals. Car c'est bien là, au plus près du public et non pas sur les plateaux de télés que pourront émerger des artistes.
Redonnons-nous le goût et la curiosité de l'aventure musicale.  La musique rapproche les humains, abat les barrières de langues, de races. De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur, La musique est un cri qui vient de l'intérieur...


Les paroles de la chanson de Lavilliers



Noir et blanc

C'est une ville que je connais
Une chanson que je chantais
Y'a du sang sur le trottoir

C'est sa voix poussière brûlée
C'est ses ongles sur le blindé
Ils l'ont battu à mort, il a froid, il a peur
J'entends battre son coeur

De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur

Il vivait avec des mots
Qu'on passait sous le manteau
Qui brillaient comme des couteaux

Il jouait d'la dérision
Comme d'une arme de précision
Il est sur le ciment mais ses chansons maudites
On les connaît par coeur

La musique parfois a des accords majeurs
Qui font rire les enfants, mais pas les dictateurs
De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l'intérieur

Ça dépend des latitudes
Ça dépend d'ton attitude
C'est cent ans de solitude

Y'a du sang sur mon piano
Y'a des bottes sur mon tempo
Au-dessous du volcan je l'entends, je l'entends
J'entends battre son coeur

La musique parfois a des accords mineurs
Qui font grincer les dents du grand libérateur
De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l'intérieur

C'est une ville que je connais
Une chanson que je chantais
Une chanson qui nous ressemble

C'est la voix de Mandela
Le tempo Docteur Fela
Ecoute chanter la foule avec tes mots qui roulent
Et font battre son coeur

De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l'intérieur
De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l'intérieur... 


 

Publié dans Artistes

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Charlotte 14/11/2008 13:50

Suivez mon regard...........

Charlotte 14/11/2008 13:20

Rien à ajouter, je relaie ton article, il est SUPER HYPER GENIAL comme dirait mon petit Jules (mon petit fils). Bécots

plumedecib 14/11/2008 13:42


Merci ma biche...
J'aimerais tant qu'un maximum de gens soient informés, qu'ils ne plongent pas dans un océan d'idées reçues, qu'ils ne se sentent pas coupables. On nous bassine avec cette histoire de piratage mais
bizarrement, ce ne sont pas les artistes qui s'en plaignent le plus, à part quelques faux culs que je ne citerai pas mais qui sont depuis longtemps asservis à l'argent que leur fait miroiter mama
major ! Que veux-tu quand on a un train de vie, on a du mal à s'en passer !

Bisous ma michette !