Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 Plume de cib'

Plume de cib'

libre et donc sceptique.


Nujood Ali, 10 ans, yéménite, se bat pour divorcer, risque sa vie

Publié par plumedecib sur 11 Novembre 2008, 10:52am

Catégories : #Hommage







Il y a des héros inconnus partout dans le Monde, ceux qui changent ce Monde bien loin des paillettes et des caméras. Ils sont les garants de la dignité.

Au Yémen, il est toujours légal de marier les très jeunes filles. Nujood, malgré son très jeune âge s'élève contre cette coutume au péril de sa vie. Elle était en effet menacée de mort par ses propres parents qui avaient peur de perdre leur honneur.


Le Yémen a l'un des plus hauts taux de mortalité maternelle dans le monde. 

En outre, la violence conjugale est ordinaire. Non seulement les jeunes filles sont forcées, violées, mais généralement battues. 

La pratique des mariages d'enfants est enracinée dans la culture du Yémen. La religion dominante est musulmane, Une expression populaire tribale : "Donnez-moi une fille de 8 ans, et je peux vous donner une "garantie" pour un bon mariage. 

Nujood Ali, notre héroïne, vit avec son père dans la capitale de la Sana'a. Elle fut brusquement retirée de sa famille et emmenée dans un village pour épouser un homme de 30 ans Faez Ali Thamer. Dès la première nuit, le mari de Nujood lui arrache ses vêtements, elle court pour lui échapper. Mais il la rattrape, la viole et la bat. Elle a 10 ans. 

Son père, Ali Mohammad Al-Ahdal, explique qu'il  marie sa fille parce que deux de ses autres filles (plus âgées) avait été enlevées et il craint un sort semblable pour Nujood. Un mariage est pour lui comme un coffre-fort  pour elle. (Il a maintenant 16 enfants avec 2 femmes différentes.) 

Coffre-fort pour elle ? 

Nujood et son mari sont de retour à la capitale de la Sana.  Nujood se plaint  des viols et des sévices physique à la famille de son mari. Elle s'est plainte auprès de sa famille. Mais ils ne font rien car ils ont peur de la rupture et de la honte sur les familles. Finalement, l'oncle lui conseille d'aller au tribunal. Le 2 avril, elle quitte la maison, hèle un taxi pour se rendre au palais de justice. C'est la première fois qu'elle est seule. Nujood demande à voir le juge, mais il est occupé, elle attend son tour sur un banc. Personne ne la remarque tellement elle est petite. Une juge passe par là et lui demande ce qu'elle fait assise toute seule sur un banc. La petite lui répond " Je suis juste venue pour obtenir un divorce."

10 ans, seule pour la première fois dans la ville et oser ainsi s'adresser à un juge. Celle-ci en a les larmes aux yeux. Elle prend Nujood chez elle, ordonne l'emprisonnement de son père et de son mari à Guarnatee. L'avocate des droits de l'homme Shada Nasser décide de plaider sa cause. Le jour du procès, la cour est bondée de journalistes. La juge demande simplement à la jeune fille, "Voulez-vous une séparation ou un divorce ? " 

"Le divorce", at-elle répondu. 

La juge le lui accorde immédiatement. Mais aucune loi dans ce pays ne prévoit de punir un mari qui abuse de sa femme. Et le mari demande même l'équivalent de 250 euros de dommages et intérêts qu'il obtient. Cette argent sera versé par une avocate solidaire de la petite fille. Le premier souhait de celle-ci après sa "délivrance" fut de manger du chocolat, des poires, des gâteaux et des jouets. Son avocate lui achète des vêtements et crée une association pour recevoir des dons pour son éducation. Un journaliste lui fait même cadeau d'un téléphone cellulaire. Nujood vit avec son oncle pendant un certain temps jusqu'à ce qu'elle insiste pour revenir à la maison avec son père. "Je lui ai pardonné», dit-elle. Elle veut surtout revenir près de sa petite soeur âgée de huit ans et la protéger. Elle affirme qu'elle ne pourra jamais se marier et n'a plus qu'un objectif aujourd'hui :

«Je tiens à défendre les peuples opprimés», dit-elle. «Je veux être comme Shada. Je veux être un exemple pour toutes les autres filles." 


Shawki Al-Qadhi, un membre du Parlement, vise à interdire le mariage des enfants, mais il doit faire face à une bataille. L'histoire du mariage d'enfants est en fait révélateur. En 1992, le gouvernement a mis le mariage à 15 ans, mais en 1998, le Parlement a révisé et autorisé le mariages des filles  plus tôt dans la mesure où elles ne se partent pas avec leur mari avant d'atteindre la maturité sexuelle. 

Nujood est aujourd'hui nominée pour être la femme de l'année par le magazine Glamour. Les journaux people n'ont finalement pas comme seule activité de faire briller des stars pas très brillantes.


 

"Que les héros inconnus aient enfin un visage,
Que nos yeux et nos coeurs se tournent vers eux et se nourrissent de leur courage et de leur intégrité plutôt que de projeter sur le premier politique venu l'image de notre propre illusion. "


  Shada Nasser, avocate de Nujood, se bat pour qu'une loi soit créée interdisant les mariages des enfants. C'est son combat pour défendre les droits de l'homme dans son pays.

EPILOGUE

Il y a dans cette histoire une fin bien sûr, la fin du martyr de Nujood. Mais il y a surtout un formidable commencement : Nujood a repris le chemin de l'école comme des millions de petites filles de par le Monde. Elle est entrée en deuxième année d'école primaire. " Quand j'ai quitté l'école, je savais compter de 1 à 100. Je veux maintenant apprendre à compter jusqu'à un million ! »

Cette rentrée scolaire est aussi la fin d'un long périple entrepris par Nujood, son avocate Shada Nasser, mais aussi  une activiste des droits des femmes, Eman Mashour. L'affaire "Nujood" avait été récupérée par des ONG mal intentionnées qui n'hésitèrent pas à lever des fonds pour soi-disant l'aider. Certaines associations voulurent la mettre dans une école privée. L'institutrice de l'école où elle est actuellement n'a tout d'abord pas voulu l'inscrire, prétextant qu'elle aurait une mauvaise influence sur ses camarades et que vu, qu'elle avait eu des "relations sexuelles", elle risquait de dévergonder les autres !
La directrice de l'établissement a elle été plus accueillante et a aidé Nujood à s'intégrer dans sa nouvelle école. Mais elle avoue que la tâche d'enseignement est difficile dans un pays en grande partie analphabète, où les jeunes filles quittent brusquement l'école pour être mariées et se retrouver mère un an plus tard.

Nujood a donné l'espoir à de nombreuses petites filles. Depuis son affaire, d'autres ont demandé et obtenu le divorce.

Pour Housnia Al-Kadri, directrice du centre de recherche sur les femmes, à l'université de Sana'a, « le récent divorce de Nojoud a permis de briser le silence sur ce sujet, et nous permet aujourd'hui de relancer notre bataille en faveur d'une augmentation de l'âge du mariage ». Une demande, déposée au Parlement avant l'été, devrait être à nouveau examinée dans les mois qui viennent.

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

kelly .. 24/03/2010 14:22


Je souhaite de tout mon coeur que tout ceux qui lui ont fait du mal brule sous les feux de l'enfer!!!!!!!!!


dominique 11/11/2008 15:57

Excellente idée

yog 11/11/2008 15:34

Et nous de notre côté que peut-on faire?...

plumedecib 11/11/2008 15:46


je ne sais pas. Cette petite bonne femme est un modèle de courage. Elle se bat pour sa liberté. A 10 ans quand même. Comme dit, Domi, c'est une bonne leçon pour nous.
Je vais voir si on approcher la petite de plus près et pourquoi ne pas créer une association qui lui permettrait de poursuivre ses études et d'atteindre son but, devenir l'avocate des droits de
l'homme  ?


dominique 11/11/2008 14:51

ca recale un peu sur nos petites miseres .

plumedecib 11/11/2008 15:43


oui, effectivement....  


Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents