Le 7e juré, téléfilm primé : sérieux ?

Publié le par plumedecib


Morte de rire devant mon poste de télévision hier soir. Et pourtant le sujet du téléfilm proposé par France 2 ne prêtait pas à rire ! Le 7e Juré, je vois trois étoiles sur le programme, je me dis c'est sûrement bien d'autant que le téléfim s'est vu auréolé de plusieurs prix :


- FIPA 2008 de la meilleure interprétation masculine pour Jean-Pierre Darroussin.
- Grand Prix de la Fiction unitaire au Festival international de la télévision de Luchon 2008.
- Prix d’interprétation féminine pour Isabelle Habiague au Festival international de la télévision de Luchon 2008.

Bref, voici le résumé de France 2

1962, dans une ville de province... Grégoire Duval, respectable pharmacien,assassine une jeune femme dans un moment de folie. Personne ne l’ayant vu commettre son crime, il décide de se taire et de reprendre normalement le cours de sa vie. Mais bientôt, un suspect est arrêté : Khader Boualam, le dernier amant de la victime, que plusieurs témoins ont vu sur les lieux du crime. Aux yeux de la bonne société de la ville, dont le racisme est exacerbé par la fin de la guerre en Algérie, l’ouvrier arabe fait figure de coupable idéal. Grégoire comprend que la situation est désespérée pour cet innocent que tout accuse, d’autant que ses amis notables réclament un procès exemplaire et espèrent déjà la punition suprême : la peine de mort. Ironie du destin, Grégoire Duval est nommé juré au procès de Khader Boualam, avec la charge de juger un crime qu’il a lui-même commis ...


Il est peut être possible que le code pénal ait changé depuis 1962. Je ne sais, mais une bonne âme me le signalera sans doute si c'est le cas.

Il se trouve que j'ai été jurée d'Assises, je peux donc un peu en parler.

Ce téléfilm nous raconte l'histoire d'un type qui tue une femme et qui est "nommé" juré d'assises parce qu'il a une bonne tête et qu'en tant que pharmacien, il fait partie d'un club de notables qui se réunissent le soir, s'assoient dans des fauteuils de cuir et boivent du champagne en traitant les arabes de bicots.

FORMIDABLE : le type est "NOMME" dit le résumé, et je l'ai effectivement constaté en regardant le téléfilm. Nommé par le juge qui lui fait cet insigne honneur !

Et en plus, il est nommé entre la mort de la victime et son enterrement soit le lendemain de la mort de la victime, juste après l'arrestation du présumé coupable ! Ouais !

Et en plus, il sait qu'il sera juré de cette affaire-là n'est-ce pas ! Bien sûr.

Et en plus, il sait aussi qui est l'avocat de la Défense et il va le voir pour lui dire que lui  votera pour la peine de mort parce qu'il veut être récusé par ledit avocat !

Et en plus, à l'enterrement, il fait la gueule parce qu'il doit serrer la main du père de la victime qui sait qu'il va être juré sur l'affaire de sa fille et qui lui demande de la venger !!! C'est cela, oui !

Ensuite, c'est le procés ! Tout d'abord, il faut noter que nous avons un décor à l'américaine. Le président est seul, les deux assesseurs sont oubliés ainsi que le greffier. Les jurés sont en rangs d'oignons face à l'accusé et le proccureur est quelque part du côté du président. Bouh....
Puis les débats commencent et là on s'aperçoit que le président joue le rôle du juge d'instruction qui à priori n'a pas fait son travail et n'a donc pas supervisé l'enquête des flics. Les témoins sont interrogés, confondus et non pas confrontés au témoignage qu'ils avaient fait devant les flics et le juge d'instruction. Et bien sûr, le septième juré joue le rôle de l'enquêteur ! A TEL point que le Président qui n'a pas de dossier se rend à l'évidence, il y a un problème et demande alors une reconstitution !!!

Puisque prendre les gens pour des cons est devenu sport national, nous voyons alors les jurés sortir du même côté que le public, s'entretenir avec les parties. Le septième juré donne des interviews et fait l'objet d'articles à la une des journaux !!!


NOUS SOMMES EN PLEIN DELIRE ! EN PLEINE DESINFORMATION  ! Et pourtant, le télespectateur n'a pas été prévenu qu'il allait voir un conte de fée qui se déroule au Pays de Candy !



Comment devient-on juré d'assises ?

C'est le pur hasard et surtout pas à la tête du client. Il suffit que vous soyez sur les listes électorales et vous pourrez peut être franchir les différentes sélections qui vous conduisent à la dernière. Mais vous ne maîtrisez rien, vous n'avez pas le droit de refuser à part quelques rares cas de force majeur.

Des noms sont sélectionnés au hasard. sur les listes électorales Dans mon cas, c'était deux ou trois ans avant la dernière sélection, si bien qu'on oublie complêment qu'un jour on a reçu un premier courrier qui nous dit que nous figurons parmi une liste de candidats jurés. Ensuite, vous recevez une deuxième lettre pour dire que vous avez passé le cap d'une deuxième sélection. Là, l'étau se resserre, ça devient plus séireux. Puis, on vous envoie une troisième sélection, et enfin une convocation. Vous vous retrouvez au final une cinquantaine sur un département dans la salle des Assises un matin de bonne heure. Vous rencontrez le Président de la cour. On vous explique tout le bazar. On en élimine quelque-uns qui ne sont pas compatibles ou qui ont des excuses valables. Puis il y aura la sélection pour la première affaire de la session. Le président tire les noms dans une urne. Là, les avocats des deux parties auront le droit de récuser chacun cinq personnes. Les noms sont tirés jusqu'à ce qu'il y en ait 12. Cette opération se renouvelera avant chaque nouvelle affaire. Il est totalement impossible de savoir à l'avance si on va franchir toutes les étapes, et à quelle session on sera. Pas plus quel procés on aura à juger !


Ensuite, lorsque nous avons été désignés pour être juré sur une affaire, et ce, le jour même de l'audience, nous avons des petits trucs à jurer bien sûr comme l'interdiction de parler à la presse, aux parties, à la famille des victimes et accusés etc.... Lorsque nous sommes en séance, nous sortons avec le président, et empruntons un chemin spécial. Nous sommes isolés du public et même pour manger ne devons rester entre nous.


Donc, là, l'histoire des jurés, je connais, je peux donc sauter au plafond ou me marrer, mais des millions de télespectateurs n'ont pas été jurés et vont donc gober le bazar. Déjà qu'on ne connait pas grand chose au fonctionnement de nos institutions.... Et sur tout ce que je ne connais pas, je gobe moi aussi des bazars invraisemblables en croyant que c'est la réalité. C'est ainsi que naissent les idées préconcues et que s'entretiennent les fausses lubies comme celle qui consiste à dire que les détenus sont heureux dans leur cellule parce qu'ils ont la télévision ! C'est une autre histoire, j'écrirai à ce sujet.

Je veux bien que ce soit de la fiction. Mais lorsqu'on écrit un scénario, soit on place l'action dans un Pays imaginaire avec des lois qu'on a inventé, soit on la place dans un Pays existant et là, c'était la France, et donc, on s'informe un minimum sur les lois du Pays afin de ne pas sortir de telles conneries. Tout ne peut pas être fictif, surtout quand on décide de raconter l'histoire d'un juré d'assises !

En France, vu que le milieu artistique est exempté d'avoir du talent mais fonctionne par népostisme et copinage, on se retrouve avec une production naze de soi-disant artistes qui profitent du système et s'en mettent plein les poches. Tandis que les vrais artistes crêvent dans leur coin, stigmatisés par la population qui les accusent de pomper le fric de l'ASSEDIC. Les scénarios s'écrivent à une heure tardive de la nuit, torchés en deux coups de cuillères à pot. On force l'histoire en provoquant des situations invraisemblables. Mais de cela j'en parlerai plus tard....


Merci à vous et bon WE




Publié dans La Rubrique de Cib'

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Remi S 19/05/2008 20:25

Bonjour,merci pour le commentaire ! Comme quoi les Rémi(y) sont tous géniaux !! =)En plus, j'ai un prof d'histoire extraordinaire, sans doute le meilleur que je n'ai jamais eu !Bonne Soirée !!! 

mycr 19/05/2008 00:35

Je n'ai pas vu le téléfilm en question, mais avec ce genre d'émissions qui sont vues par un grand nombre et considérées comme la voix de dieu le père, on peut faire croire n'importe quoi. C'est très grave. Je pense aussi qu'on pourrait avoir le même genre de réflexions dans le domaine de la médecine...

naradamuni 18/05/2008 23:39

M'étant délesté de la boîte à manip depuis quelques temps déjà et cela en la détruisant avec je ne le cacherais pas une certaine délectation, je tiens à te remercier de m'informer de tout ce à quoi j'échappe et par cela me conforter dans mon action pas toujours bien ressentie dans mon entourage.
Merci encore.

Reprendre son temps de cerveau tel l'esclave brisant ses chaines.

plumedecib 19/05/2008 01:11


ouais, heureusement que la boîte n'est pas souvent ouverte chez moi. C'est pire que les moustiques ce qui en sort....


Jacques 18/05/2008 23:01

Moi, j'avais préféré regarder "Thalassa" sur la 3 comme tous les vendredis.Mais j'ai enregistré le film. Parce que j'aime bien l'acteur Darroussin.Toutes les précisions apportées sur les Jurés et leur mode de sélection (que je connaissais d'ailleurs) sont TRES UTILES.Merci Ciboulette de ce beau travail de "vulgarisation".Quand je regarderai le film, j'aurais donc un autre oeil que simplement regarder le travail d'acteur du sieur sus-nommé.Encore merci.jf.

plumedecib 18/05/2008 23:04


Darroussin joue très bien, mais son rôle est malheureusement assez peu vraisemblable  Bonsoir Jacques.


TendrePoison 18/05/2008 20:42

Le président qui réouvre l'instruction en plein procés, c'est pas mal aussi....oulala, je viens de me relire j'ai écrit comme un pied dis donc ! Bon c'était un dimanche matin, je devais pas avoir fini mon café (sans alcool) :))

plumedecib 18/05/2008 21:27


OUi, d'ailleurs pendant que les témoins s'expriment, on voit le président dessiner une toile d'araignée parce qu'il n'a pas de dossier ! Il n'a rien à foutre. Et comme le 7e juré est très malin,
c'est lui qui fait l'enquête en interrogeant et en confondant les témoins. Et du coup, paf, le président se lève et suspend l'audience ! Et on les retrouve en pleine reconstitution. Alors si les
procès en assises se déroulaient ainsi, il faudrait des mois pour rendre le verdict !! Déjà qu'il faut des mois à l'instruction pour faire son travail. On en était presque au jury populaire de la
Révolution. Comparution immédiate, une heure après t'es sous la guillotine !