
Depuis l’affaire d’Outreau, et à cause de son ampleur médiatique, certaines personnalités politiques se sont soudain rendues compte et avec grand étonnement de l’ampleur du dysfonctionnement de notre appareil judiciaire.
Suite à cette affaire, une commission a été créée dans le but d’analyser et croyait-on de sanctionner le magistrat, pour les innombrables manquements qui ont accompagné ce dossier. Cala aurait été une première alors en France, sûrement bénéfique, envoyant un signe fort à la chancellerie, leur rappelant ainsi que, même étant les personnes les plus influentes de France, elles ne pouvaient faire n’importe quoi en toute impunité.
A notre grand regret, la magistrature s’est élevée d’un seul et même bloc contre cette décision. Qui, dans notre société, peut donc éviter une sanction de sa hiérarchie, lorsqu’il commet une faute grave dans le cadre de son travail ? Les magistrats seraient-ils au-dessus de ces règles-là ? Les sentences qu’ils font encourir sur un citoyen sont en principe lourdes de conséquence sur sa famille et sur son entourage. Quelles réparations peuvent-ils proposer à un homme dont la vie est brisée à cause d’une erreur judiciaire ? Au nom du principe “de l’erreur est humaine”, peuvent-ils en permanence se laver les mains de toutes leurs erreurs ? L’erreur serait-elle plus grave sur un lieu de travail plutôt que sur un autre ?
Nous étions en droit d’espérer un geste de courage de la part de notre nouvelle Garde des Sceaux, Rachida Dati. Elle qui, ancienne avocat, sait ce qu’un séjour en prison signifie pour un homme, qu’il soit innocent ou coupable, car en prison, on est tous innocents et coupables. C’était une des premières mesures nécessaires pour le bon fonctionnement de notre justice. Jusque-là aucun de ses prédécesseurs n’avait eu le courage de l’entreprendre. Au lieu de cela, Madame Dati nous sort une petite mesurette qui ne fera probablement plaisir qu’aux personnes qui pensent que seule la répression peut guérir les maux de notre société. Mettre hors d’état de nuire des délinquants mineurs avec des peines plancher leur donnera bonne conscience. Ils en ressortiront un peu plus disloqués, coupables de ne pas avoir vaincu avec courage le formidable travail de déhumanisation entrepris en prison. Préparés à la récidive par l’appareil répressif judiciaire, ils n’auront que peu de chance de s’en sortir vraiment. On pourra continuer à construire des prisons en France.
Si la répression était la solution miracle, ça se saurait. Puisque nous avons toujours la tête tournée vers les USA, dont la peine de mort n’est pas abolie dans certains états, nous pouvons constater que non seulement les crimes n’ont pas diminué, mais qu’ils sont même en constante augmentation et ce, sur tout le territoire des Etas-Unis.
Pourquoi notre Ministre ne se penche-t-elle pas sur les vrais problèmes de notre justice française ?. Le manque de moyens, la diminution de personnels dans certains tribunaux qui croulent sous des piles de dossiers, avec parfois deux ans de retard dans leur traitement, sont autant de facteurs de risques d’erreurs qui pénalisent la justice Française. Cette sordide affaire d’Outreau en est un triste exemple.
Il serait temps de prendre conscience que l’on ne peut pas ainsi jouer avec la vie des gens, et ce, en toute impunité, puis de leur demander de se réinsérer comme si de rien n’était.
Qui d’entre nous ne ressentirait pas intérieurement une profonde haine après avoir été condamné injustement, après avoir été mis au ban de la société, après y avoir été traité comme un numéro, après avoir subi l’irréparable, l’insupportable, l’inoubliable ?
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